Ndarana Odette, âgée de 28 ans et mère de quatre enfants, vit actuellement à Mikilik après avoir fui son village d’origine, Oupai, à la suite des attaques de Boko Haram.
Une vulnérabilité extrême marquée par l’insécurité alimentaire
À son arrivée, le ménage ne disposait d’aucune source de revenus ni de moyens de subsistance. Ndarana témoigne :
« Lorsque nous sommes arrivés à Mikilik, nous n’avions rien. Mon ménage ne disposait d’aucune source de revenus ni de moyens de subsistance. Pour nourrir ma famille, je travaillais comme journalière dans les champs des communautés hôtes. À la fin de la journée, je gagnais environ 200 FCFA, une somme très faible qui me permettait seulement d’acheter des résidus de farine au moulin de Zamaï. C’était notre principal moyen de survie. Certains jours, il était difficile de trouver suffisamment de nourriture pour toute la famille, et je m’inquiétais constamment de l’avenir de mes enfants. »
Ce témoignage illustre le dénuement total et l’insécurité alimentaire auxquels le ménage était confronté après son déplacement.
Une réponse d’urgence pour couvrir les besoins essentiels
Pour répondre à cette situation de vulnérabilité, les équipes de Première Urgence Internationale (PUI) en consortium avec Cadepi, Tammounde, Solidarités International et d’autres Organisations ont procédé à une évaluation multisectorielle des besoins des populations déplacées de Mikilik. Cette évaluation a mis en évidence des besoins urgents en matière de sécurité alimentaire, d’abri, d’articles ménagers essentiels (AME), de santé, d’eau, hygiène et assainissement (EHA), de protection et d’éducation. À la suite de cette évaluation, un ciblage des bénéficiaires a été fait et le ménage a pu bénéficier d’une assistance en cash alimentaire sur trois mois dans le cadre du Mécanisme de Réponse Rapide (RRM) mis en œuvre par Solidarités International et Tammounde Speranza.
« Grâce à l’assistance monétaire que j’ai reçue, j’ai pu répondre aux besoins les plus urgents de ma famille. J’ai acheté de la nourriture pour mes enfants, ainsi que des vêtements et des chaussures dont ils avaient grandement besoin. Cette aide nous a permis de traverser une période très difficile et de retrouver un peu de dignité. »
Grâce à cette réponse humanitaire coordonnée, la famille a progressivement retrouvé une certaine stabilité, avec un accès régulier à deux ou trois repas par jour et une amélioration significative de ses conditions de vie.
Du secours d’urgence au relèvement socioéconomique : l’innovation du Post-RRM
Suite à l’intervention d’urgence RRM, Ndarana Odette a été ciblée selon les critères du projet pour bénéficier d’une aide complémentaire. Cette approche, appelée Post-RRM, ciblait les ménages qui demeuraient particulièrement vulnérables après les trois mois l’assistance d’urgence en cash. Le Post-RRM comprenait un appui en espèces pendant deux mois, la remise d’un kit d’activité génératrice de revenus (AGR) et un accompagnement de proximité assuré par les équipes de Solidarités International et Tammounde Speranza.
La vente de beignets : un levier vers l’autonomie économique
Mme Ndarana a choisi de développer une activité de vente de beignets, une activité qu’elle menait déjà dans sa localité d’origine avant son déplacement, elle l’a lancée dès la réception de son kit AGR.
« Grâce à l’appui reçu, j’ai pu lancer mon activité de vente de beignets et subvenir aux besoins de mes enfants. Aujourd’hui, nous mangeons à notre faim, je peux acheter ce dont la famille a besoin et même réaliser quelques économies. J’ai également acheté des poules et stocké des céréales pour préparer l’avenir. Cette activité m’a redonné confiance et espoir pour ma famille. »
Cette activité lui permet aujourd’hui de générer des revenus réguliers, de répondre aux besoins essentiels de son ménage et de renforcer progressivement sa résilience économique.
Ndarana Odette exerçant son AGR, la vente de béignet , Mikilik, 2025,@ Tammounde
Le Post-RRM : une approche innovante pour réduire la dépendance humanitaire
Dans le département du Mayo-Tsanaga, le volet Post-RRM a contribué à renforcer durablement les moyens de subsistance des ménages vulnérables après la phase d’urgence :
- 320 ménages (2880 personnes) ciblés pour l’assistance Post-RRM et les activités génératrices de revenus ;
- 2 rounds de transferts monétaires supplémentaires dans le cadre du Post-RRM sur 3 alertes ;
- 320 ménages appuyés en kits AGR et accompagnés à travers des formations sur le marketing local et comptabilité simplifiée, la protection transversale et la pérennisation des AGR post-projet ;
- Développement d’activités de survie et de relèvement économique telles que la vente de céréales, de beignets, de poisson fumé et les cultures maraîchères ;
- Mise en place d’un suivi rapproché des bénéficiaires avec des visites régulières sur le terrain.
Les AGR soutenues ont permis de diversifier et de stabiliser les revenus des familles vulnérables, tout en réduisant progressivement leur dépendance à l’aide humanitaire
Ces résultats ont été rendus possibles grâce au soutien de l’aide humanitaire de l’Union Européenne, dans le cadre des interventions mises en œuvre par Solidarités International, Tammounde Speranza et les autres acteurs au profit des populations affectées par les crises humanitaires dans l’Extrême-Nord du Cameroun.
