Dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, les conflits agropastoraux figurent parmi les principaux défis auxquels sont confrontées les communautés rurales. La pression démographique, l’extension continue des superficies cultivées, l’occupation progressive des espaces pastoraux ainsi que les effets du changement climatique ont profondément modifié l’utilisation des terres, réduisant ainsi les espaces disponibles pour l’élevage et compliquant la mobilité du bétail.
Face à cette situation, le “ le projet de soutien de la résilience économique, sociale et environnementale des populations de la région de L’Extrême-Nord du Cameroun “(PROREC), mis en œuvre par Action Contre la Faim (ACF) en partenariat avec Tammounde Speranza, a déployé une approche intégrée visant à sécuriser durablement les couloirs de transhumance tout en renforçant les capacités de production fourragère des éleveurs.
Des couloirs de transhumance désormais identifiés et sécurisés
La première étape de cette démarche a consisté à identifier et sécuriser les espaces dédiés à la mobilité du bétail. À travers un processus participatif associant les collectivités territoriales décentralisées, les services techniques de l’État, les autorités traditionnelles, l’université de Maroua, les agriculteurs et les éleveurs, 62 couloirs de transhumance et pistes à bétail ont été identifiés, cartographiés et priorisés dans les communes de Gazawa, Ndoukoula et Tokombéré.
Après la validation communautaire des tracés retenus, les travaux de matérialisation ont été réalisés sur le terrain. Au total, 66 kilomètres de couloirs de transhumance ont été balisés et sécurisés, dont 35 kilomètres dans la commune de Ndoukoula et 31 kilomètres dans la commune de Gazawa. L’installation des bornes de délimitation a permis de rendre visibles et officiellement reconnus les espaces réservés au passage du bétail.

Cette démarche constitue aujourd’hui un acquis majeur pour les communes concernées. Elle offre désormais aux autorités locales, aux commissions consultatives et aux communautés une base claire pour la gestion des espaces pastoraux et la prévention des conflits liés à l’utilisation des ressources naturelles.


Une réponse durable pour renforcer la coexistence pacifique
Face aux défis croissants liés à la pression sur les ressources naturelles et aux effets du changement climatique, la sécurisation des couloirs de transhumance apparaît comme une solution essentielle pour réduire les risques de conflits entre agriculteurs et éleveurs. En garantissant des espaces de passage clairement identifiés et reconnus par l’ensemble des acteurs locaux, cette initiative contribue à une meilleure gestion des ressources pastorales et au renforcement de la cohésion sociale au sein des communautés.
Cependant, la prévention durable des conflits agropastoraux ne peut se limiter à l’aménagement des espaces de mobilité du bétail. Elle passe également par le renforcement de la disponibilité des ressources fourragères, permettant aux éleveurs de mieux faire face aux périodes de pénurie et de réduire la pression exercée sur les pâturages naturels. C’est pourquoi le PROREC accompagne parallèlement le développement de cultures fourragères adaptées au contexte sahélien, à travers la formation des producteurs et l’aménagement de parcelles dédiées.
En combinant sécurisation des couloirs de transhumance et promotion de la production fourragère, le projet pose les bases d’une gestion plus durable et concertée des ressources naturelles. Cette approche intégrée contribue non seulement à prévenir les conflits agropastoraux, mais également à renforcer la résilience économique, environnementale et sociale des communautés de l’Extrême-Nord du Cameroun face aux défis actuels et futurs.
